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De quelle manière le cannabis ralentit-il notre perception du temps ?

Les consommateurs de cannabis peuvent faire l’expérience d’un distorsion de leur perception du temps: des minutes qui semblent s’étirer encore et encore et qui paraissent être des heures. Comment ce phénomène peut-il s’expliquer ? Par ailleurs, ce phénomène peut-il être prouvé scientifiquement ?

Les chercheurs, curieux d’étudier cette question de déformation de la perception du temps, ont mené des recherches et études depuis plusieurs années pour essayer de trouver les secrets de l’altération du temps par le cannabis. De nombreuses de ces expériences ont corroboré des témoignages individuels sur le fait que le temps ralentisse lorsqu’on est sous l’influence du cannabis mais, il s’agit plutôt d’une question de secondes ou de minutes, pas d’heures.

« Un des effets les plus communément rapportés par les consommateurs de cannabis est la distorsion de leur perception du temps » déclare Zerrin Abakan, un psychiatre Londonien qui a réalisé une enquête à propos des études sur le cannabis et la distorsion du temps en 2012. « Notre analyse des articles à ce sujet ont montré que 70% des études révèlent que les consommateurs surestimaient le temps passé. En d’autres termes, les consommateurs avaient l’impression que le cannabis leur faisaient l’effet que le temps écoulé était plus long que le temps écoulé en réalité ».

Cependant, un bon nombre de ces études ont montré des limites: test réalisé sur un petit échantillon d’individus, non-considération des effets dûs à une exposition au cannabis antérieure à l’expérience et des méthodes de consommation du cannabis comme l’inhalation ou par administration orale qui produisent une large variation des effets du THC dans le temps.

Plus tard cette même année, une équipe à l’école de médecine de l’Université de Yale ont cherché à remédier à ces défauts et à disperser l’écran de fumée autour du lien entre le cannabis et la déformation du temps.

« J’étais fasciné par le fait que certaines drogues avaient le pouvoir d’altérer la perception du temps qui passe et que ce phénomène n’était pas bien compris » déclare Deepak D’Souza, titulaire d’une chaire de psychiatrie à Yale et responsable des recherches. « J’ai été particulièrement intrigué par le fait que chez certaines personnes qui trouvaient les effets du cannabis désagréables et qui avaient fait l’expérience d’une modification de leur perception du temps, l’expérience dans son ensemble avait été encore plus désagréable ».

Dans leur étude, 44 personnes ayant chacune une expérience différente avec la marijuana ont été emmenées dans un laboratoire afin de d’accomplir deux tests de perception du temps avant, pendant et après avoir reçu de la THC selon un dosage allant de 0.015 mg/kg à 0.05 mg/kg ou un placebo, chacun délivré par intraveineuse. Lors du premier test, appelé l’épreuve d’estimation du temps, il était demandé aux participants à maintes reprises combien de temps s’était écoulé (sur une échelle de 5 à 30 secondes) alors qu’ils exécutaient une tâche les empêchant de se concentrer uniquement à un décompte dans leur tête. (par exemple, ils devaient compter le nombre de « b » présents dans un assortiment de lettres). Pendant le deuxième test, les participants étaient distraits par la même chose que précédemment et devaient appuyer une touche d’un clavier d’ordinateur pendant un temps donné.

Les résultats ont montré que les participants qui planaient ont surestimé jusqu’à au moins 25% le temps écoulé et ont été moins performants de 15% comparé à lorsqu’ils étaient sobres. Quant à ceux qui ont reçu le placebo, ils n’ont montré aucune différence significative comparé à leurs performances sobres. « La marijuana dilate le temps—autrement dit, cinq minutes sont ressenties comme dix minutes » déclare D’Souza. « L’expérience subjective est que le temps s’écoule lentement— mais cela ne peut arriver que si l’horloge interne est accélérée ». En résumé, les participants avec du THC dans leur corps ont vu leur horloge interne (c’est-à-dire la façon dont ils ressentent l’écoulement du temps) s’est accélérée ce qui leur a fait ressentir un décalage avec le temps objectif, l’horloge externe, leur donnant la sensation que celui-ci s’écoulait plus lentement. Une fois sobres, cet effet de décalage a disparu.

Cet effet d’accélération de l’horloge interné causé par la THC ont aussi été observé chez les animaux. Dans une étude de 2001, des rats qui ont reçu des produits chimiques ayant activé leurs récepteurs cannabinoïdes ont montré une sous-performance de la même manière que chez les humains. D’autres rats ayant reçu des produits bloquant ces mêmes récepteurs ont fait de meilleures performances qu’en temps normal. Des résultats similaires ont été observés chez les singes.

De quelle manière le cannabis fait-il pression sur notre horloge interne ?

« C’est un mystère, »  et n’importe quelle hypothèse à propos d’un mécanisme précis n’est que spéculation,  déclare D’Souza.

Néanmoins, de précédentes étudies ont montré que des connexions neurones appelées le circuit thalamo-cortico-striatal sont partie intégrante de notre perception du temps. Cette collection d’aires du cerveau est aussi connue pour contenir un large nombre de récepteurs cannabinoïdes: alors quand la THC du cannabis pénètre le cerveau, cela peut perturber le fonctionnement normal de ces récepteurs, résultant dans une perception du temps déformée.

Est-ce que ces effets varient selon la fréquence de consommation du cannabis ?

Des analyses plus approfondies de D’Souza et de son équipe ont révélé que ces effets de distorsion du temps étaient particulièrement forts pour ceux qui consomment rarement, avec des doses moyennes jusqu’à fortes menant à une surestimation temporelle et toutes les doses menant à de sous-performances. Quant aux consommateurs réguliers (2 à 3 fois par semaines ou plus), ils n’ont pas fait l’expérience de répercussions significatives sur leur perception du temps indépendamment du niveau de THC dans leurs corps. Ils étaient immunisés contre les effets de distorsion du cannabis.

Des chercheurs ont proposé de nombreuses hypothèses afin d’expliquer ces résultats. Bien que les consommateurs réguliers ne développent pas une tolérance aux effets euphoriques du THC, des études antérieures ont montré qu’une consommation régulière de cannabis peut atténuer l’effet de la THC sur la perception du temps ainsi que rendre les récepteurs cannabinoïdes moins sensibles à la THC. Ainsi, ceux qui consomment du cannabis fréquemment peuvent finir par développer une tolérance biologique aux effets du cannabis sur la perception du temps.

Mais si le cannabis distord le temps de quelques secondes, quel est le problème ?

« Etant donné que tout est chronométré, il n’existe aucune activité ou comportement qui ne demande pas une connaissance précise de l’heure qu’il est » déclare Abakan. « Alors, si la perception du temps écoulé est perturbée par le cannabis, cela peut avoir d’importantes conséquences sur la vie quotidienne ».

« Beaucoup de comportements humains élémentaires dépendent de jugements temporels sur une échelle allant de secondes à plusieurs minutes » Rajoute D’Souza. « Par exemple, décider quand traverser la route, suivre le rythme d’un morceau de musique ».

Alors que les effets déformants du cannabis peuvent sembler triviaux et puissent être utilisés comme une stratégie innovante (et éventuellement désagréable)  de rallonger sa journée, il pourrait y avoir d’importants risques associés à une altération minime de la perception du temps. Conduire ou faire fonctionner une machine lourde (dans une usine) alors que votre horloge interne est perturbée peut mener à prendre de mauvaises décisions qui pourraient avoir des conséquences mortelles.

Bien que des recherches ont mis en lumière les effets déformants du cannabis, nous sommes toujours loin de comprendre parfaitement son impact sur la perception du temps.

« Il n’y a pas encore assez d’études pour nous fournir des informations plus détaillées à ce sujet » déclare Atakan. « Plus de recherches avec de solides procédures sont nécessaires pour arriver à des conclusions à propos des effets précis sur le cannabis et ses composants actifs sur la perception du temps »

Dans des recherches futures, les chercheurs espèrent utiliser une imagerie médicale plus avancée pour apprendre plus sur la manière dont les circuits du cerveau impliqués  dans le chronométrage sont impactés par le cannabis et si les effets de distorsion peuvent être observées sur une échelle allant de millisecondes à des minutes.

LIEN DE L’ARTICLE ORIGINAL EN ANGLAIS: LEAFLY

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